
Mario LeBlanc, dit Fayo, est né le 18 octobre 1977 dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick. Originaire de Lakeburn (Dieppe), il était le fils de Bernard LeBlanc, homme de théâtre, et de Viola LeBlanc, grande amie des artistes. Il a grandi avec ses sœurs Nathalie, sa jumelle, et Sophie, née un an jour pour jour après les jumeaux! Il avait aussi un frère (Maurice) et une sœur (Maria), qui habitaient à Shediac avec leur mère.
Le père de Mario était l’un des fondateurs du théâtre l’Escaouette qui, à l’époque, occupait des locaux au Centre culturel Aberdeen de Moncton. Il y avait aussi un atelier et ses enfants ont passé beaucoup de temps dans les couloirs du centre. Les arts, la culture et la langue française étaient au cœur des valeurs familiales.
« Mes parents ont fait des efforts avec mes sœurs et moi-même pour nous apporter la culture francophone et nous protéger de l’assimilation américaine, mon père tenait à ce que nous nous exprimions en français à la maison ». — Mario LeBlanc
Comme plusieurs adolescents, Mario prend intérêt à jouer de la guitare et à jammer avec ses chums. Il compose sa première chanson à l’âge de 14 ans pour son chien Max. Il a l’habitude d’aller voir son beau-frère qui lui apprend des accords de guitare, trois à la fois! « Neuf accords plus tard, on allait en quelque part! » — Mario LeBlanc.
Dans les années 1990, Mario a la chance de côtoyer de nombreux artistes de la scène culturelle du Sud-Est du Nouveau-Brunswick. Pour plusieurs, Mario est affectueusement connu comme « le fils à Bernard et Viola », qui à cette époque tenaient le café au Centre culturel Aberdeen. C’est là que Mario croise des poètes, des artistes et des musiciens.
Au début de l’adolescence, Mario découvre l’univers de la poésie. Un atelier offert à l’école par le poète Marc Arseneau sème en lui le goût d’écrire et la lecture du recueil Acadie Rock de Guy Arsenault allumera une étincelle. Il réalise alors la portée des mots et des paroles d’artistes qu’il fréquente régulièrement. L’œuvre de Gérald Leblanc, poète de Moncton, exercera une profonde influence sur Mario, qui y trouve une partie de l’inspiration pour rédiger ses propres textes.
À 15 ans, il publie ses premiers poèmes dans la revue Éloizes. La langue française et surtout le chiac (le parler acadien du Sud-Est du N.-B.) lui permettent d’exprimer sa réalité du moment et celle des gens qui l’entoure.
Adolescent, Mario, que ses proches surnomment « Fayo » depuis la petite école, fréquente la polyvalente Mathieu-Martin, à Dieppe. C’est dans ces années qu’il commence à jouer de la musique sérieusement et fonde le groupe de musique Réveil avec ses amis Chris Wheaton, Martin Bourque et Rémi Arsenault. Mario est le chanteur principal et compose plusieurs des chansons. Le groupe tire son nom de la chanson de Zachary Richard et veut « sonner le réveil » de la jeunesse acadienne.
« Pour moi, la polyvalente, c’était comme si j’étais entré dans la société (…) c’était la préparation du Congrès mondial acadien, et je me suis senti touché par le passé de l’Acadie. » — Mario LeBlanc
En 1994, les membres de Réveil sont happés par le tourbillon et l’effervescence du premier Congrès mondial acadien qui se déroule dans le Sud-Est du N.-B. L’ambiance est aux réjouissances et c’est comme si on donnait à la jeunesse acadienne la permission de chanter en français et d’embrasser son identité. Réveil a l’occasion de jouer à plusieurs reprises dans des conditions professionnelles. La réception du public est positive.
La formation Réveil existera de 1993 à 1996. Les quatre jeunes musiciens auront la chance de goûter à ce que pourrait leur offrir une carrière en musique et commencent à mieux connaître les rouages de l’industrie. Réveil offrira plusieurs spectacles dans la région, notamment dans les écoles, et enregistrera une cassette de chansons. Outre ses propres compositions, le groupe interprète des chansons de 1755, Francis Cabrel et Zéro Degré Celsius, entre autres. Ce sont des années formatrices pour Fayo qui prend conscience de l’héritage culturel acadien qui l’entoure.
Ces années représentent les premiers pas de Mario sur la scène musicale. En plus de jouer avec Réveil, il commence aussi à se produire en solo. En 1993, on a pu voir un jeune Fayo chanter dans le cadre de l’événement littéraire artistique Tableaux de backyard rendant hommage au poète Guy Arsenault de Moncton. La soirée a eu lieu au Centre culturel Aberdeen.
– David Lonergan, l’Acadie Nouvelle, 26 octobre 1995
À la fin des années 1990, la poésie occupe une grande part du quotidien de Mario. Il fait partie des nouveaux venus sur la scène culturelle de Moncton qui vibre au son des mots. Il fréquente les soirées de poésie lors desquelles il récite ses compositions en compagnie d’autres jeunes poètes de partout en Acadie. En dehors de leur jeunesse, ils partagent le désir d’écrire en français.
Pendant quelques années, Mario se consacre à l’écriture. Il lance, en 1999, son premier recueil intitulé Taches de naissance (aux éditions Perce-Neige). La critique qualifiera sa poésie d’urbaine et on y dénote des ressemblances avec Acadie Rock. L’expérience de publier ses écrits avec une maison d’édition professionnelle renforce chez Mario le désir de vivre de sa plume. Alors qu’il rêve d’être artiste depuis l’âge de 16 ans, il semble sur la bonne voie.
Si la plume fait dorénavant partie de la vie de Mario, sa guitare n’est en revanche jamais bien loin. De fil en aiguille, la poésie l’entraînera vers l’écriture de chansons.
— Mario LeBlanc
Depuis les années de Réveil, Mario continue à composer des chansons en solo et à jouer sur scène par-ci par-là. En plus de Mario LeBlanc le poète, on commence à mieux connaître Fayo, l’auteur-compositeur-interprète.
L’année 1998 marque un tournant dans la jeune carrière de Fayo. On lui offre de chanter au Coup de cœur francophone de Montréal en première partie de Marie-Jo Thério. Mario saisit l’occasion et laisse même tomber un emploi dans une usine de fabrication de fenêtres pour s’y rendre.
« Mes patrons m’ont dit que je devais choisir entre la job et la musique. Le choix a été facile à faire! » — Mario LeBlanc
Dans ces mêmes années, Mario joue régulièrement avec une gang de chums qui a l’habitude de se rencontrer pour jammer ensemble à Moncton. Le courant passe bien et le groupe qui deviendra La Société Sonart commence à offrir des spectacles dans la région. La formation est initialement composée de Fayo (guitare et voix) et son ami d’enfance Marcel Gagné (guitare et voix), accompagnés de Denis Gautreau (batterie), Gabriel Malenfant (tables tournantes : DJ Tek-Style) et Pat Furlong (basse). Ils jouent du rock indépendant avec un accent acadien. Le groupe enregistre un EP de quatre chansons en 2000. C’est toutefois en solo que Mario choisira de poursuivre sa route.
En 1999, il rejoint les rangs des Productions de la côte, une agence artistique basée à Moncton et fondée par Yolande Bourgeois et l’artiste Roland Gauvin du groupe 1755. Ils encadreront Mario et l’aideront à se professionnaliser en lui procurant de plus en plus d’occasions de jouer devant le public. On voit Fayo sur scène au 15 août des Fous à Moncton et lors de la FrancoFête en Acadie.
Fayo et Roland Gauvin développent une belle complicité et offrent même des ateliers dans les écoles ensemble. Les Productions de la côte aident aussi l’artiste à obtenir une première bourse de création. C’est lors de cette période d’intense activité que Fayo commence le cheminement vers la réalisation d’un premier album.
« Lors de notre première rencontre, il est arrivé avec son sac de l’Army Surplus. Il a sorti sa pile de papier, toutes ses chansons qu’il avait écrites, et un sandwich au beurre de peanut. Il avait début vingtaine. On a rapidement réalisé qu’on avait un jeune homme bourré de talent devant nous », se rappelle Yolande Bourgeois, qui deviendra avec les années un peu comme la seconde mère de Fayo.
Dans ces années, la scène musicale acadienne est en pleine effervescence. Fayo a la chance de côtoyer plusieurs artistes, allant de vétérans comme le groupe 1755 qui revient en force sur scène, Marie-Jo Thério, Zachary Richard et Bois-Joli, aux artistes émergents comme lui, dont Vishtèn, Daniel Léger, El Fuego, les Muses et bien d’autres.
Mario écrit de plus en plus de chansons dont les textes sont axés sur la vie de tous les jours. C’est une conversation avec le chanteur acadien Denis Richard qui l’a encouragé à chanter à propos de ce qui l’entoure, des petites histoires de la vie. Les inspirations musicales qu’il cite souvent à l’époque sont 1755, Bob Dylan ou encore Crosby, Stills, Nash and Young. Dans sa musique, le rock, le folk et la poésie se mélangent. En 1999, il compose Le mythe du masque à Ray pour une pièce de théâtre qui porte le même nom. La chanson tourne à la radio et grimpe le palmarès.
— Mario LeBlanc
En 2000, Mario se lance et s’inscrit au 32e Gala de la chanson de Caraquet. Il y remporte le prix convoité d’auteur-compositeur-interprète. Il reçoit une généreuse bourse envers la réalisation d’un premier album et aura la chance de prendre part au Festival de la chanson de Granby. Plus tard cette même année, il sera sacré Découverte de l’année au gala des Éloizes à Moncton, événement qui récompense les artistes francophones des provinces de l’Atlantique. En ce début de millénaire, c’est toute l’Acadie qui découvre le jeune auteur-compositeur-interprète.
Fayo lance un premier album, La fiève des fèves, à l’automne 2001. Il a 23 ans. Le lancement a lieu dans un environnement qui lui est familier, le Centre culturel Aberdeen. Pour l’occasion, Fayo est accompagné sur scène de deux amis : Rémi Arsenault à la contrebasse et Steven LeBlanc à la guitare. Ces derniers seront de fidèles compagnons de route dans les années à venir.
Fayo décrit lui-même La fiève des fèves comme « un album folklorique, mais aussi électrique ». La réception est chaleureuse et le public apprivoise le son folk rock acadien qui deviendra la marque de fabrique du chanteur. L’album donne lieu à plusieurs succès qu’on chante encore aujourd’hui, dont Chico Harico, Matou et la magnifique ballade Attendre en vain qui accompagnera Fayo des années durant. Il crée des images qui captent l’imaginaire.
« Fayo était un compositeur de chansons avant tout. Il avait la recette, il avait une façon de dire les choses avec une simplicité que pas grand monde avait le don de faire. Il avait une grande imagination et une ouverture d’esprit. » — Roland Gauvin
Pour Fayo, ce premier album jette les bases d’une carrière en musique. Ses chansons tournent à la radio et il a le vent dans les voiles. L’auteur-compositeur-interprète saisit l’occasion d’élargir ses horizons. Est-ce Mario LeBlanc qui poursuivra son chemin en tant qu’auteur-compositeur-interprète, ou Fayo? Selon l’artiste, l’un n’est jamais bien loin de l’autre.
— Mario « Fayo » LeBlanc
Dès 2003, Fayo commence à faire des spectacles de l’autre bord de l’Atlantique. En France et en Belgique, il participe aux Francofolies de Spa, aux Déferlantes francophones de Capbreton et aux Nuits acadiennes de Paris. Jouer si loin de chez lui devant un public qui apprécie ses chansons le touche beaucoup et Mario a souvent parlé de cette époque comme un moment charnière de sa carrière d’artiste.
« Ça m’a fait beaucoup plus apprécier que je suis un être humain comme tant d’autres (…) Avec le temps, je me suis rendu compte que j’étais pas seulement un Acadien, mais que j’étais un Canadien français, un Français tout court. » – Mario LeBlanc
La France l’adopte définitivement. Fayo y retournera souvent et deviendra avec les années un habitué du Festival interceltique de Lorient, en Bretagne, un grand rassemblement annuel pour les amoureux de la musique celtique. L’Acadie y a une place de choix et Fayo y participe pour la première fois en 2004. Il gagnera rapidement l’admiration et l’affection du public breton. Le festival occupera une place spéciale dans le cœur de l’artiste, qui, tout au long de sa carrière, y participera huit fois.
« Il s’est bâti tout un following. Il avait ses fans sur place! » — Yolande Bourgeois
Le public à l’international apprécie son franc-parler, sa manière de raconter son Acadie et sa vie. En plus de sa musique, Fayo adore partager sa culture avec les gens de l’étranger. Lors de ses nombreux séjours en Europe, il a souvent préparé l’une de ses spécialités, un pot de bon fricot acadien. Une nourriture qui, à l’avis de Fayo, réchauffait le corps et l’âme. Il en offrait à tout le monde qui se trouvait proche. Mario adorait être dans la cuisine, préparer ses ingrédients, et surtout nourrir le monde, une passion héritée de ses parents. On conte même qu’un jour, un grand chef cuisinier de Paris lui aurait ouvert les portes de sa cuisine pour apprendre sa fameuse recette du fricot…
Avec les années, Fayo devient, en quelque sorte, un ambassadeur de l’Acadie. Il offre aussi à plusieurs reprises des ateliers dans les écoles outre-mer. Des rencontres avec la jeunesse que Mario portait dans son cœur.
Il prend part en 2004 à une résidence artistique en Charente-Maritime, en France, dans le cadre du 400e anniversaire de la fondation de l’Acadie. Il aura la chance de donner une série d’ateliers pédagogiques sur l’écriture d’une chanson et la vie en milieu minoritaire. Des ateliers qu’il offrira ensuite dans les écoles du Nouveau-Brunswick.
— Alain Monbeig, journal Sud-Ouest, section Marennes-Oléron
S’il s’est lancé en musique, c’est avant tout par passion. Fayo adorait la scène et, surtout, il aimait parler avec son public. Peu importe où il se produisait dans le monde, il a toujours accordé beaucoup d’importance à l’animation lors de ses spectacles. Il parlait de son Acadie et de sa langue, mais prenait aussi le temps de contextualiser ses chansons pour que tout le monde passe un bon moment.
« Si je prends le temps d’expliquer mes tounes au public au moins, je sais qu’il aura compris la signification des chansons parce que les Français, par exemple, ne comprennent pas toujours quand on chante. » — Mario LeBlanc
Mais la route n’est pas toujours facile et l’argent se fait rare par moments. En spectacle, il ne craint pas de parler à son public de cette réalité parfois difficile.
« Il prend le temps d’exposer sa propre réalité personnelle et n’a surtout pas peur de dire qu’il a déjà eu faim, qu’il est loin de vivre la grosse vie de riche malgré que plusieurs choses se sont améliorées depuis que sa mère ait décroché un p’tit trois quarts de million avec un billet chanceux. »
— Hélène-Annie Lavoie, Cap-Acadie, 207.
En 2006, Mario lance Accent aigu, avec les Productions de l’ombre. Il enregistre l’album dans un studio de Montréal. Sur ce deuxième opus, Fayo marie encore la poésie du quotidien avec sa musique et a même l’occasion de collaborer avec le poète acadien Guy Arsenault, un artiste qu’il admire depuis sa jeunesse, sur une chanson (La toune à Guy). On reconnaît encore son franc-parler et son accent qu’il qualifie lui-même de « chiac qui craque avec un brin de Cajun ». Pour la réalisation d’Accent aigu, Fayo travaille de très près avec le musicien Steven LeBlanc. Ce dernier, qui est aussi un ami proche, aide Mario à améliorer ses chansons et à les amener à un autre niveau.
« Accent aigu est un album-miroir, dans le sens où Mario LeBlanc, alias Fayo, partage volontiers son quotidien, son vécu et son amour de l’Acadie à travers douze chansons à son image, en toute simplicité. » — Lyson Robichaud, Choix 99.9 FM
En plus de la France, avec ce deuxième album, Fayo élargit ses horizons et ira faire des spectacles en Suisse, en Belgique, et même aux États-Unis.
C’est à la suite de la parution d’Accent aigu que Fayo a l’occasion incroyable de faire la première partie de Roch Voisine lors d’un spectacle à Saint-Germain-en-Laye (en banlieue de Paris). Ses parents et ses sœurs peuvent y assister, ce qui remplit Mario de fierté. La famille profite ensuite d’un voyage à Rome ensemble, un beau souvenir pour les LeBlanc.
Des années plus tard, quand on lui demandera lors d’une entrevue à Radio-Canada Acadie de partager un moment heureux de sa vie, il n’hésitera pas de se remémorer ce moment très spécial avec sa famille.
« Quand j’ai fait la première partie de Roch Voisine devant mes parents en France. » — Mario LeBlanc
Tout au long de sa carrière, et même dans sa jeunesse, Mario a toujours gardé 1755 en haute estime. Le groupe exerce une profonde influence sur son propre cheminement en musique et aussi dans sa manière de vivre et de parler de la culture acadienne. Roland Gauvin deviendra, dans les mots de Mario, un peu comme son « papa musical ». Fayo monte sur scène pas loin d’une dizaine de fois avec le groupe, que ce soit lors de spectacles de 1755 ou de concerts collectifs regroupant plusieurs artistes acadiens.
Dans un documentaire de Bellefeuille Production de 2009, Mario expliquait que 1755 lui avait donné la confiance de s’exprimer de la manière qui lui était la plus naturelle du monde : « (…) Pour moi, ça c’est la plus grosse inspiration. Enlève 1755, pis j’aurais même pas eu la confiance d’utiliser le langage que j’utilise. C’est comme si c’est ok de parler chiac. »
En 2007, son père, Bernard LeBlanc, décède. Mario se trouve alors en Europe pour une série de spectacles. Même si son père était malade depuis quelque temps, la nouvelle est difficile à digérer, surtout qu’il est loin de sa famille.
Mario et son père partageaient plusieurs petits bonheurs du quotidien. En plus de lui avoir inculqué sa passion pour la scène, son père lui avait aussi transmis l’amour du sport. Ceux qui ont connu Mario savent qu’il était une encyclopédie ambulante de statistiques de hockey! S’il aimait les Canadiens, comme c’était l’équipe de son père, ce sont les Blackhawks de Chicago qui occupaient la première place dans son cœur de fan de hockey.
Au cours de sa carrière, Fayo a souvent cité ses parents, et surtout son père, pour parler de ce qu’il l’avait inspiré à devenir artiste. Les mois et les années qui vont suivre vont s’avérer difficiles; le goût du changement commence à se faire sentir.
– Mario LeBlanc
Au début 2010, la famille encaisse un autre coup dur, Mario et ses sœurs perdent leur mère, Viola LeBanc. Fayo prend alors ce qu’il qualifie de l’une des plus grandes décisions de sa vie : à l’été 2010, il déménage à l’Île-du-Prince-Édouard, dans la municipalité de Wellington, dans la région d’Évangéline.
« J’avais besoin de recommencer à nouveau. Il fallait que je quitte afin de prendre un certain recul pour me clairer la tête. » — Mario LeBlanc
Il se sent accueilli dans la communauté par des gens qu’il qualifie de « sympathiques et généreux ». Mario décide de prendre une pause du roulement irrégulier de la scène et accepte un emploi de concierge à l’École-sur-Mer de Summerside. Il était fier de travailler pour cet établissement d’enseignement qui a réussi à survivre grâce aux parents de la région qui se sont rendus jusqu’en Cour suprême pour faire respecter leurs droits. Il y travaillera jusqu’à l’été 2024.
À son départ du Nouveau-Brunswick, Fayo trouve que la scène artistique est quelque peu « saturée » et qu’il est parfois difficile de se tailler une place. L’inspiration pour lancer une initiative artistique lui manque. Mais quand il s’installe à l’île, Fayo se retrouve devant plusieurs projets auxquels il peut s’engager, ce qu’il trouve très motivant. Il peut notamment entraîner l’équipe de musique pour les jeux de la Francophonie et collaborer au cours d’art et de culture de l’école, entre autres. Il y vit, en ses mots, une renaissance artistique.
C’est après avoir déménagé à l’Î.-P.-É. que Fayo commence à songer sérieusement à réaliser un troisième album. Cela fait quelques années depuis Accent aigu, et il se sent prêt à entreprendre un nouveau projet musical.
« J’ai beaucoup appris de mes deux premiers (albums), donc cette fois je suis plus patient, plus professionnel. » — Mario LeBlanc
L’album, simplement intitulé Fayo, voit le jour en 2012, juste à temps pour un autre passage au Festival interceltique de Lorient, en Bretagne. Mario s’est occupé lui-même de la production. On retrouve la voix rauque et chaleureuse qu’on aime, son humour et son amour de la petite vie. Fayo nous parle de son jardin, du soleil, de sa galerie, du destin et des personnages croisés sur la route. C’est comme retrouver un vieil ami pour une soirée au coin du feu.
– Mario LeBlanc
Fayo a toujours eu la jeunesse à cœur. Outre ses nombreuses tournées dans les écoles et ses offres d’ateliers pour les enfants, il adorait monter des projets pour les jeunes. Au fil des années, il avait entamé plusieurs projets (qui n’ont pas tous vu le jour) avec les jeunes en tête, que ce soit des spectacles de marionnette ou du théâtre.
En 2015, un de ses rêves se réalise : il monte une pièce de théâtre pour enfants intitulée Les insécurités de Jean Rhubarbe. Ce spectacle de marionnette à la lumière noire raconte l’histoire d’une grande rhubarbe, qui cherche à s’afficher comme légume malgré le fait que tout le monde lui dit qu’il s’agit d’un fruit. La pièce a été montée la première fois par la troupe de théâtre du Soleil Oublié grâce à l’appui du Conseil scolaire-communautaire Évangéline. La pièce retrouvera les planches une seconde fois l’année après sa mort, soit en 2025.
Même dans les années où il se produit moins sur la scène, Mario continue toujours de donner des ateliers dans les écoles où il s’assure de parler aux jeunes de l’importance d’écrire et de ne pas avoir peur de s’exprimer dans leur langue, que ce soit le français standard, l’acadien ou même le chiac.
— Roland Gauvin
Si Fayo avait pris du recul de la scène dans les dernières années de sa vie, il a toujours continué à donner des ateliers dans les écoles francophones et à faire des spectacles à l’Île-du-Prince-Édouard comme ailleurs en Acadie. Il n’a jamais cessé d’écrire et de composer de la musique et travaillait activement à un retour sur la scène. S’il trouvait que le milieu musical avait bien changé, il tenait tout de même à y prendre part, même s’il ne se voyait pas partir en tournée.
À l’hiver 2022, Mario entre en studio à Charlottetown pour enregistrer un démo de trois chansons, y compris la nouvelle composition Ma valise. Le nouveau projet, qui se veut la première étape d’un quatrième album solo, est plus rock avec un plein orchestre rock, au contraire du son plus acoustique qu’on lui connaissait. Le tout devra malheureusement être mis sur pause après le décès de sa réalisatrice, l’artiste Pastelle LeBlanc de l’Île-du-Prince-Édouard, au printemps de cette même année.
C’est en octobre 2025, une année après le décès de Mario LeBlanc, que sa famille procédera au lancement des nouvelles chansons qui peuvent dorénavant être appréciées par le public. Fayo a aussi laissé derrière lui plusieurs autres compositions encore en chantier, mais qui verront peut-être, elles aussi, le jour. Seul l’avenir nous le dira.
Mario est décédé le 30 septembre 2024 des suites d’une courte maladie.
Dans ses derniers mois, Mario a passé le temps en regardant les parties préparatoires de la LNH en compagnie de sa famille ainsi que plusieurs matchs de wrestling (WWE) — une passion qu’il partageait avec sa sœur Sophie. Il a aussi adoré revoir la série télévisée Top Chef, ce qui lui permettait de se remémorer les longues heures passées dans sa cuisine.
Il s’est éteint à la maison, à Mont-Carmel, sur l’Île-du-Prince-Édouard, entouré de ses proches qui l’ont accompagné et soigné au cours de ces moments difficiles.
Au cours de sa vie, Mario « Fayo » LeBlanc a aimé les gens qui l’entouraient, il a raconté leurs histoires, l’histoire de son Acadie, un pays qu’il aimait beaucoup. Il laisse derrière lui une œuvre riche qui gagne encore à être découverte, lue, écoutée et chantée.
« Fayo nous a légué une œuvre importante et j’encouragerais les artistes à la considérer pour enrichir leur répertoire. » — Roland Gauvin
« On pouvait toujours trouver ce dont on avait besoin quand on écoutait Mario. C’était facile de s’approprier ce qu’il disait. » — Yolande Bourgeois
– Mario LeBlanc (1977-2024)